Le 29 janvier 2026, l’once d’argent a franchi 120 dollars pour la première fois de son histoire. Six mois plus tard, elle se négocie autour de 50 euros, soit une correction proche de 30 % depuis le pic. Ces chiffres, extraordinaires pris isolément, cachent une réalité plus intéressante : le marché de l’argent physique connaît sa sixième année consécutive de déficit, avec un manque estimé à 67 millions d’onces en 2026. À la rentrée, la question qui domine les comptoirs n’est plus « faut-il acheter de l’argent ? » mais « à quel prix, sous quelle forme, et pour quel horizon ? ».
Anatomie d’un pic : la chronologie du choc janvier 2026
Rappel utile : en juillet 2025, le kilo d’argent physique se vendait autour de 32 euros par once. Fin décembre 2025, il touchait déjà 65 euros. Le 29 janvier 2026, il franchissait 100 euros. En six mois, l’argent a fait ce que l’or n’avait pas fait en cinq ans. Cette accélération n’est pas anecdotique : elle marque le passage de l’argent d’un statut de sous-produit de l’or à celui d’actif monétaire à part entière.
La correction post-pic n’est pas un accident. Elle est saine, et prévisible. Elle laisse à un cours autour de 50 €/oz une pente qui reste très haussière sur les 12 derniers mois : plus 56 % en euros. Un rythme que peu de classes d’actifs françaises égalent en 2026. Notre bilan de l’argent en 2025 détaillait déjà cette dynamique de fond.
Le vrai moteur : la pénurie physique s’installe
Ce qui se passe sur les marchés physiques est plus révélateur que le graphique du cours. Les places de Londres et de Mumbai enregistrent des primes historiques sur les livraisons spot, avec des écarts qui atteignent leurs plus hauts pluridécennaux. En clair : le prix d’un lingot ou d’une pièce livrable immédiatement dépasse largement le prix théorique de l’argent papier échangé sur les marchés à terme. C’est le signe classique d’une pénurie physique réelle.
Ce déficit structurel n’est pas une projection alarmiste. C’est le sixième déficit annuel consécutif, ce qui épuise mécaniquement les stocks au-dessus du sol. Les inventaires COMEX et LBMA baissent trimestre après trimestre. À un certain point, la seule variable d’ajustement possible sera le prix — vers le haut. C’est précisément ce qui alimente les projections de plusieurs analystes qui voient l’argent visiter la zone 80 à 100 dollars l’once dans les 12 à 18 prochains mois.
IA remplace photovoltaïque : le nouveau moteur industriel
La surprise de 2026, c’est la baisse de la demande photovoltaïque. Après plusieurs années de croissance à deux chiffres, les fabricants ont réduit leur consommation d’argent de 19 % cette année (soit environ 151 millions d’onces contre 186 en 2025). Deux raisons : les efforts d’ingénierie pour utiliser moins de métal par cellule, et un ralentissement du déploiement solaire dans certains marchés clés. À court terme, ce recul freine légèrement la demande industrielle globale.
Mais un autre moteur prend le relais, plus rapide qu’attendu : l’infrastructure de l’IA. Les data centers massifs déployés depuis 2024 consomment des quantités croissantes d’argent dans leurs composants électroniques, leurs contacts haute performance, et leurs systèmes de refroidissement. À cela s’ajoute la persistance de la demande dans les batteries, les véhicules électriques, et les réseaux 5G/6G. Ce basculement structurel — du solaire vers l’IA — n’affaiblit pas la thèse haussière, il la reformule.
Comment se positionner à la rentrée 2026
Trois stratégies dominent en 2026 selon les profils. Aucune ne consiste à « tout miser » sur un scénario unique.
La combinaison la plus rationnelle à la rentrée : une base d’argent physique pour la part patrimoniale long terme, une exposition ETC pour la flexibilité tactique, et éventuellement une petite allocation en actions minières pour capter l’effet levier. Notre comparatif or, bitcoin et ETF reprend les mécaniques applicables aussi à l’argent.
Un point de vigilance : la TVA à 20 % sur l’argent physique reste le talon d’Achille de l’investissement matériel en France, contrairement à l’or d’investissement qui en est exonéré. Cela allonge mécaniquement l’horizon de rentabilité et exclut les allers-retours courts. Sur cinq ans et au-delà, la mécanique reste favorable ; en dessous, la TVA absorbe une bonne partie de la performance nette.
Conclusion : un cycle qui n’est pas fini
À la rentrée 2026, l’argent n’est plus un placement de niche. Il est devenu un actif que les grands gestionnaires suivent au même titre que l’or, avec une thèse fondamentale simple : la production minière stagne, la demande industrielle se reconfigure vers l’IA, les inventaires baissent, et les primes physiques signalent une tension réelle. Le pic de janvier n’était pas la fin du cycle, mais son point d’accélération. La correction qui a suivi est une opportunité de repositionnement pour ceux qui étaient hors marché.
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