Avec la hausse du cours de l’or, la contrefaçon devient plus rentable pour les faussaires. Les faux lingots ne sont plus seulement de grossiers objets plaqués or. Certains cachent un cœur de tungstène, un métal presque aussi lourd que l’or, sous une couche d’or véritable. D’autres sont bien en or, mais portent de faux marquages. Voici comment fonctionnent ces fraudes, les tests que vous pouvez faire chez vous et ceux qui demandent un professionnel équipé.
Pourquoi l’or attire les faussaires
Trois raisons rendent la fraude tentante. D’abord, le tungstène coûte une infime fraction du prix de l’or, pour une densité presque identique. Ensuite, beaucoup d’acheteurs se fient aux analyseurs XRF portables (des pistolets à rayons X qui lisent la composition du métal). Or ces appareils n’analysent que la surface. Enfin, les ventes entre particuliers sur Vinted, Leboncoin ou WhatsApp permettent d’écouler des pièces douteuses sans passer par un professionnel.
Les trois grandes familles de faux lingots
Toutes les contrefaçons ne se valent pas. Pour les repérer, il faut savoir ce qu’elles cachent à l’intérieur.
Famille 1 : le plaquage grossier. Un cœur en cuivre, en laiton ou en plomb, recouvert d’une fine couche d’or. On la rencontre surtout sur les petits formats (1 g, 5 g, 10 g) et sur les faux « louis d’or » des brocantes. Elle se repère facilement : le cuivre est deux fois moins dense que l’or.
Famille 2 : le noyau de tungstène. C’est la fraude la plus soignée. Le faussaire enferme un bloc de tungstène dans une enveloppe d’or. Le tungstène a une densité de 19,25 g/cm³, l’or de 19,32 g/cm³ : à poids égal, le lingot a presque les mêmes dimensions. Une pesée et une mesure classiques ne voient rien. Il faut un contrôle professionnel (ultrason, par exemple) ou une découpe pour la révéler.
Famille 3 : le vrai or avec un faux marquage. Le métal est authentique, mais le logo du raffineur ou le certificat est faux. Ce type de lingot sert souvent à faire entrer sur le marché de l’or d’origine douteuse. Le métal garde sa valeur, mais le lingot perd son statut de lingot de marque : il ne se revend pas au prix d’un lingot certifié.
Des affaires qui ont marqué la profession
Quelques affaires documentées montrent que ces fraudes piègent aussi les professionnels.
New York, septembre 2012. Un négociant du quartier des diamantaires de Manhattan perce plusieurs lingots de 10 onces achetés à un fournisseur habituel : ils sont remplis de tungstène. Selon NBC News, environ 100 000 dollars de faux lingots sont en cause. Un lingot payé près de 18 000 dollars ne valait qu’environ 3 600 dollars.
Suisse, 2019. Selon une enquête de Reuters, au moins 1 000 lingots d’un kilo portant les logos de raffineries suisses, sans avoir été fabriqués par elles, ont été repérés en trois ans, pour au moins 50 millions de dollars. Certains se trouvaient dans les coffres de la banque JPMorgan, qui a indiqué n’avoir subi aucune perte. Ces lingots étaient en or de haute pureté : seule la marque était fausse.
Wuhan Kingold, 2020. Le bijoutier chinois Kingold est accusé d’avoir obtenu environ 20 milliards de yuans de prêts (près de 2,8 milliards de dollars) auprès de plus d’une dizaine de prêteurs, en mettant en garantie 83 tonnes de lingots. Selon le média économique Caixin, une partie au moins de ces lingots était en cuivre doré. Le régulateur bancaire chinois a ensuite dénoncé les failles de contrôle des prêteurs.
Les grandes marques copiées. Les faussaires imitent volontiers les marques les plus connues, comme PAMP. Pour ses lingots récents, PAMP propose Veriscan, une application qui compare la surface du lingot à une image enregistrée lors de sa fabrication.
En France. Pour un particulier, le piège classique est la petite annonce. Le scénario type : le vendeur propose un lingot ou une pièce nettement sous le cours, insiste pour une remise en main propre et refuse tout contrôle en boutique.
Sept tests que vous pouvez faire chez vous
Ces vérifications ne remplacent pas un contrôle professionnel. Elles permettent d’écarter les contrefaçons les plus grossières, sans matériel coûteux.
Pour un particulier, le trio le plus utile est dimensions + densité + marquages. Il démasque la plupart des plaquages grossiers et n’abîme pas le lingot. En revanche, il ne détecte pas un cœur de tungstène bien réalisé : pour cela, il faut un contrôle professionnel.
Les cinq contrôles d’un professionnel équipé
Pour un lingot de 1 kilo ou une pièce de collection, les tests maison ne suffisent pas. Un professionnel équipé combine plusieurs contrôles. Aucun ne suffit seul : c’est leur combinaison qui permet de conclure.
L’ultrason et la mesure de conductivité permettent de contrôler l’intérieur du lingot sans l’abîmer. C’est du matériel professionnel, rarement présent chez un particulier. Avant de vendre ou d’acheter, demandez au comptoir quels contrôles il réalise et s’il peut les faire devant vous.
Achat entre particuliers : la check-list
Acheter à un inconnu, par petite annonce, forum ou messagerie, est le canal le plus risqué. Ces six règles limitent le risque.
- Contrôle en boutique. Exigez que la vente se fasse dans les locaux d’un professionnel de votre choix. Un vendeur qui refuse n’est pas de bonne foi.
- Prix trop bas. Un prix nettement inférieur au cours de l’or doit vous alerter : personne ne brade de l’or authentique sans raison.
- Papiers d’origine. Facture nominative, certificat du raffineur, scellé intact. Sans eux, la revente sera plus difficile.
- Numéro de série vérifiable. Le numéro gravé doit correspondre à celui du certificat. Si le raffineur propose une vérification (Veriscan chez PAMP, par exemple), utilisez-la. Au moindre doute, renoncez.
- Paiement traçable. Payez par virement ou par chèque de banque. Entre particuliers, évitez les espèces : sans trace du paiement, vous aurez du mal à faire valoir vos droits. Bon à savoir : quand un professionnel vous achète de l’or, il ne peut pas vous payer en espèces, quel que soit le montant (article L112-6 du Code monétaire et financier).
- Contre-expertise sous 24 heures. Prévoyez un court délai de rétractation, le temps de faire vérifier l’objet par un professionnel. Un vendeur honnête accepte. Un fraudeur disparaît.
Conclusion : le rôle irremplaçable de la boutique physique
La contrefaçon d’or ne se limite plus aux plaquages grossiers des marchés aux puces. Les faussaires utilisent aussi le tungstène, les faux marquages et les faux certificats. Chez vous, vous pouvez contrôler les dimensions, la densité, les marquages et le numéro de série. Pour voir l’intérieur d’un lingot sans l’abîmer, il faut un professionnel équipé.
À Bordeaux, chez Or et Monnaies, nous contrôlons chaque pièce et chaque lingot qui entre en boutique. Vous avez un doute sur une pièce ou un lingot reçu en héritage, acheté à un particulier ou rangé depuis longtemps ? Faites-le expertiser en boutique avant de le vendre ou de le garder.
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